Arthur Rimbaud, la liberté avant tout
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  Arthur RIMBAUD




Tellement de choses ont été dites, écrites, fantasmées, sur Rimbaud, qu’en parler à nouveau semble une entreprise ardue : on risque de ressasser tous les poncifs qui ont déjà été rabâchés sur son compte, à tous les coins de livres, tous les coins de rue, ou presque, tant nous paraît familière sa silhouette de génie précoce, fulgurant, rebelle, révolté contre la société bourgeoise, sa mère bigote, et de retomber dans les ornières d’une légende largement fabriquée par certains de ses contemporains (Verlaine le premier) puis la postérité. Rimbaud est devenu un mythe, parce qu’on y trouve, au mépris de la vérité historique, et de la simple réalité du personnage, de son existence brouillonne, dissipée, aventureuse, ce qu’on vient y chercher : du rêve, de l’évasion. Rimbaud l’éternel adolescent révolté est un excellent support de rêve, qui alimente tous les fantasmes – voire les délires - de tout un chacun, et cristallise les désirs de liberté et de puissance, tel un bon héros de fiction.

Car Rimbaud voulut être libre au suprême degré, et cette quête de liberté prit diverses formes au cours de son existence. Elle explique l’incroyable « bougeotte » qui le tarauda incessamment, des fugues adolescentes de Charleville à Paris ou Bruxelles, aux longues marches d’explorateur dans les déserts du Harrar… Arthur est un insatiable marcheur, un insatisfait permanent qui a besoin de nouveauté, de nourrir son esprit, son âme, de nouveaux paysages, de nouveaux mots, de nouvelles images ; pour trouver l’inconnu, il avalera les livres par dizaines dans les bibliothèques, comme il avalera à pied les kilomètres, avec une capacité d’assimilation étonnante, une résistance prodigieuse. Qu’on songe… ce garçon a pu par exemple marcher de Bordeaux à Paris, joindre l’Italie, en étant parti d’Allemagne, et arriver épuisé à Milan, après avoir traversé des cols enneigés… Il voyage, voyage : Londres, Stuttgart, Amsterdam, la Scandinavie, l’Indonésie, Chypre, Le Caire… et puis, toujours, comme point d’ancrage où il revient en permanence pour se ressourcer, et d’où il repart aussitôt pour tisser sa toile d’araignée à l’autre bout du monde, la propriété maternelle de Roche, dans les Ardennes.

Quelle place pour la poésie dans ce parcours d’aventurier, qui s’intéressa aussi bien à l’exploration géographique qu’au trafic d’armes ou au commerce ? On oublie très souvent qu’elle n’est qu’un jalon dans sa vie, un maillon solidaire des autres, mais très court, la forme que privilégia temporairement son esprit pour repousser les limites du monde, toucher à l’inconnu, avec une belle exaltation d’adolescent, mais aussi pour atteindre la gloire et la fortune. Avec, au bout, la déception. Au terme de plusieurs années de bohême, une intense frustration. L’impression de n’être pas arrivé à grand-chose. Le langage n’a pas les propriétés quasi magiques qu’Arthur pensait pouvoir lui attribuer ; il ne permet pas non plus de réussir socialement. Bien sûr, quand le traitement tombe régulièrement, chaque mois, que le confort matériel est assuré, on peut s’enthousiasmer sur la beauté fulgurante, visionnaire, de ses poèmes. Mais, constate amèrement le turbulent garçon, ce n’est pas ça qui fait vivre son homme. Au contraire, la poésie, et Verlaine avec elle, ne lui attirent que des ennuis. Une misère matérielle, peu de reconnaissance, ni gloire, ni fortune, qui restent réservées aux conformistes. Aux médiocres. Alors, ce destin de génie incompris, de « poète maudit », il le refuse. La poésie ne lui apporte rien. Il la rejette, comme il rejette Verlaine. Il part.

Tout se passe en poésie comme si le jeune virtuose, soucieux de plaire, d’être publié, commençait d’abord par proposer des pastiches plus ou moins brillants d’une tradition établie, voire « branchée », de certaines influences qu’il a assimilées, Victor Hugo, Baudelaire, les grands Parnassiens (Leconte de Lisle, Théodore de Banville), puis, prenant conscience, dans son évolution fulgurante – sans doute favorisée par Verlaine - de leur caractère dépassé, s’en écartait progressivement, pour proposer des formes radicalement nouvelles et très personnelles (celles de Saison en Enfer ou des Illuminations), avant de finalement comprendre que la poésie menait à une impasse, et de s’en détourner définitivement.


Quitte à prendre des risques, autant faire alors ce qu’il faisait dès son plus jeune âge, mais à plus large échelle : voyager, voir du pays. Aller chercher fortune non dans les stériles contrées de l’imaginaire, mais dans le monde bien réel, au bout du monde. Ainsi naîtra, dans le sillage de l’adolescent fugueur, l’explorateur, encore si méconnu aujourd’hui.


Lavoir de Roche, non loin de la ferme familiale où vécut Rimbaud…

détruite par les Allemands avant leur départ, à la fin de la première guerre mondiale; sur son emplacement se trouvent une maisonnette et ce monument, érigé par Paul Boens, admirateur passionné du poète (photos J.Donadini).

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