Victor Hugo, visionnaire engagé
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  Victor HUGO




Evoquer Victor Hugo, c’est parler d’une sidérante force de la nature, d’une colossale énergie créatrice, qui pendant plus de 70 ans n’a cessé de souffler sur le monde. Un volcan en éruption permanente, vomissant sans discontinuer dans son siècle poèmes, romans, drames… en dépit des obstacles – ou peut-être grâce à eux – en dépit des vicissitudes de l’Histoire et de la politique, d’un exil forcé pendant 17 ans à Jersey puis Guernesey, animé d’une inlassable activité. Chef de file, figure de proue emblématique du romantisme, ayant pris par son courage lors des événements de décembre 1851 une stature proprement héroïque, Victor Hugo fut incontestablement un visionnaire, un génie littéralement traversé d’une vision intérieure, d’une débordante imagination – au sens propre faculté à produire des images, images qu’il s’efforçait de traduire en mots. Il n’est pas étonnant qu’il ait été -  ce qu’on sait peu – un dessinateur hors pair (certains de ses livres de voyages, tels France et Belgique ou Alpes et Pyrénées, sont illustrés par ses soins ) et qu’il se soit intéressé à la photographie au plus haut point, lors de sa période d’exil (la maison-musée de Victor Hugo, Hôtel de Rohan-Guéménée, au 6 place des Vosges, à Paris, présente à cet égard une très intéressante série de clichés pris à Jersey).

Cet aspect « visuel » de Victor Hugo est une clé intéressante pour comprendre son œuvre, dans laquelle abondent les descriptions vivantes : lire par exemple le cinquième chapitre de Notre-Dame de Paris, c’est se plonger dans un univers, une Fête des Fous bigarrée qui prend vie sous nos yeux – par la puissance évocatrice de l’auteur -  qui à mon sens, encore une fois, ne faisait -  mais avec quel talent ! – « que » trouver les mots traduisant les images qui le traversaient. Inversement, curieusement, l’écrivain détestait la musique. A l’inverse d’un Baudelaire par exemple. Peut-être parce qu’elle était beaucoup trop abstraite pour lui.

Cette caractéristique de visionnaire, quasi prophétique du poète, qu’il a parfaitement formulée dans « Fonction du poète » (issu du recueil Les Rayons et les ombres, publié en 1840), lui permet d’être celui qui anticipe les choses, voit avant tout le monde ce qui va naître, et se met en conséquence par l’action au service de cette vision. L’engagement politique est donc pour Victor Hugo un prolongement direct de la création ; c’est pourquoi il sera également « homme politique », au sens moderne de l’expression. Nommé pair de France sous Louis-Philippe, de 1845 à 1848, il est député de 1848 à 1851, puis en 1871, et encore sénateur de 1876 jusqu’à sa mort en 1885. Ses convictions le feront évoluer d’un royalisme - voire un ultra-royalisme - hérité de sa mère, à un conservatisme modéré sous la Monarchie de Juillet, puis progressivement glisser vers un radicalisme républicain, de plus en plus teinté de socialisme. C’est qu’il  assiste, délégué par l’Assemblée constituante, à la grande insurrection ouvrière de juin 1848, et prend conscience alors de la misère des classes populaires ; la « droitisation » en 1849 de Louis Bonaparte, dont il a pourtant contribué à l’élection, puis son coup d’état deux ans plus tard, sont vécues comme d’infâmes trahisons. Le poète est de ceux qui tentent d’organiser la résistance armée au coup de force : de la tribune, il passe bravement aux barricades, mais doit fuir en Belgique. Il n’aura de cesse de combattre le régime de celui qu’il considère comme un vil imposteur, « Napoléon le petit », à distance, des îles anglo-normandes où il s’est finalement réfugié. Ses ouvrages, ses déclarations dans la presse internationale, son immense rayonnement culturel et politique constitueront ses armes.

Son retour à Paris, le 5 septembre 1870, lendemain de la chute de l’Empire, est triomphal ; la ville, assiégée par les Prussiens, a été désertée par les habitants des beaux quartiers ; le peuple la défend. Pour l’exalter, le vieil homme arpente les remparts, en tenue de garde national. L’année suivante, après l’écrasement de la Commune, il offre asile à Bruxelles aux communards pourchassés, ce qui entraîne son expulsion de Belgique.

Tels sont quelques-uns des faits glorieux qui montrent à quel point chez cet artiste exceptionnel les actes répondent aux principes élevés, aux paroles grandioses. Il y a continuité parfaite entre l’art et la vie, le mot et le geste, qui se prolongent et s’influencent mutuellement. Le visionnaire en avance sur son temps fait tout pour promouvoir ses idées généreuses, les mettre en pratique, ce qui déclenche la haine des conservateurs. Beaucoup de ses combats restent d’actualité (même s’il faut les mettre en perspective, se défier des anachronismes) : lutte en faveur de l’abolitionnisme (Le Dernier jour d’un condamné est publié en 1829, la loi d’abolition de la peine de mort promulguée en France en… 1981), démocratisation de l’instruction, amélioration des salaires et des conditions de travail, lutte pour l’émancipation des femmes et l’égalité des sexes, système de protection sociale, protection de l’enfance, défense des nationalités opprimées, efforts en faveur de la construction européenne et l’idéal d’une République universelle… tous ces thèmes, abordés par un esprit universel, soucieux d’humanité et des plus hautes valeurs (justice, liberté, paix…) trouveront ici ou là, selon le continent ou le pays, une résonance encore très forte.

« Aimer, c’est agir » seront les derniers mots écrits par le génie, trois jours avant sa mort, le 22 mai 1885. Assurément, s’il a prodigieusement créé, Victor Hugo a beaucoup agi, beaucoup vécu, et certainement beaucoup aimé. Le peuple de France lui rendra un peu de cet amour considérable, puisque lors de ses funérailles une foule immense (un à deux millions de personnes) l’accompagnera jusqu’au Panthéon, au cri de « Vive Victor Hugo! ».


La Place des Vosges vue du vaste appartement dans lequel vécut le poète, de 1832 à 1848.

Le bureau sur lequel Victor Hugo, habitué à écrire debout, une partie de la nuit et de la matinée, composa les chefs d’œuvre de sa maturité (Musée Victor Hugo; photos J.Donadini).

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